![]() Vendredi 11 mai, après une visite autorisée chez son dentiste, l`ex ministre de l`Economie et des Finances avec l`aval de ses geôliers, s`est arrêté chez lui pour s`approvisionner. Contre toute attente, un commando, avec à sa tête le commissaire principal Elong Lobe James, a surgi du néant, arme au poing. Au terme d`une honteuse barbarie, ils ont enlevé Abah Abah. Le régisseur de la prison de «Kondengui» limogé dans la foulée.
Hier dimanche, Polycarpe Abah Abah se trouvait toujours à la Direction de la police judiciaire de Yaoundé. Il y a été conduit après des heures de supplice dans les locaux de la Direction générale de la Recherche extérieure (Dgre), où, menotté, il a été laissé debout six heures durant, dans une pièce frigorifiée par une climatisation poussée à l`extrême. Joint au téléphone, l`un des avocats d`Abah Abah affirme que son client est actuellement gardé à la PJ, sans mandat. Aucune trace de sa présence n`a été consignée à la main courante, s`indigne une source rencontrée par La Météo. Du côté de la PJ, le fameux «circulez, il n`y a rien à voir» est de rigueur. Pendant ce temps, l`establishment judiciaire qui a hérité de la patate chaude se démène pour sortir de son imaginaire des chefs d`inculpation susceptibles de faire boire la lie à Polycarpe Abah Abah, a-t-on appris de personnes indépendantes. Ainsi va l`arbitraire! Le film de l`enlèvement. Vendredi 11 mai 2012, prison centrale de Yaoundé. Polycarpe Abah Abah est tardivement autorisé à honorer à son rendez-vous traditionnel chez son dentiste. En dépit du gros retard accusé, l`ancien directeur des Impôts et son «cortège», fort de quatre gardiens de prison dont le chef adjoint des services financiers du pénitencier, sortent de la prison. Direction: le cabinet Adventiste, situé à deux encablures de la boulangerie Calafatas, derrière l`immeuble siège de la Cnps. Une fois au Cabinet, la réceptionniste les informe du départ du dentiste à la suite d`une longue et désespérante attente. Sur place et via le téléphone, Abah Abah informe le dentiste de sa présence. Celui-ci regrette de ne pouvoir rallier illico presto son cabinet, mais demande à son patient de bien vouloir attendre pendant deux petites heures son retour, a appris sur les lieux, votre bi-hebdo. Face à ce long boulevard qui s`ouvre devant lui, le pensionnaire de Kondengui demande comme un petit service personnel à ses gardiens de le conduire dans sa villa du quartier Odza (à près de 5 km du Cabinet Adventiste), afin qu`il puisse se ravitailler pour le Week-end (dernier, Ndlr). Son épouse, aurait-il argumenté, n`accomplira pas cette fois-ci cette tâche à cause d`un déplacement ce même week-end pour assister à un enterrement. Humain, le chef d`équipe agrée la demande. A-t-il outrepassé sa feuille de route? Soit! Dans l`esprit du chef «Saf», il n`était point question que d`un va-et-vient entre le cabinet et le domicile du prisonnier, et dudit domicile au Cabinet, où le dentiste leur avait concédé un nouvel horaire. Telle fut d`ailleurs, d`après des indiscrétions, sa version des faits à la Direction Générale de la Recherche extérieure (Dgre), puis à la PJ. Agitation: Grossièreté Obtus, la Dgre tient à sa thèse de «tentative d`évasion» et entend pour ce faire user de tous les moyens, même les plus brutaux. Tant pis pour les droits de l`Homme! Installés avec égards autour d`une table, les garde-prisonniers se régalent. Pendant ce temps, Abah Abah en profite pour rapidement prendre une douche. Son épouse, quant à elle, n`a pas quitté sa cuisine où elle s`affaire à empaqueter les provisions du week-end pour son mari. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. La confiance règne, bien encadrée par une discrète mais efficace surveillance. C`est alors que, subitement, sans raison valable, la Dgre décide de mettre les pieds dans le plat. Et de quelle façon! Tuyautés par l`entremise de leurs «informateurs», les hommes de Maxime Eko Eko foncent comme des chiens enragés au domicile de l`ex Minefi. Y allaient-ils faire couler une rivière de sang? On peut le penser, au vu de leur surprenant port de la Cagoule, à la manière du Ku Klux Klan de sinistre histoire. Une armée officielle qui se cagoule pour aller ramener un homme diminué par la maladie et les conditions de détention, on aura tout vu chez nous. Grossiers, méprisants et les muscles qui démangent, dix gros bras de la Dgre se jettent à bras raccourci sur un portier sans défense de la résidence. Le vigile a beau répéter qu`Abah Abah est sous la douche, et que ses geôliers sont avec lui et veillent au grain. Rien n`y est fait. Ces vérités tombent l`une après l`autre dans des oreilles de sourds. Obtus, la Dgre tient à sa thèse de «tentative d`évasion» et entend pour ce faire, user de tous les moyens, même les plus brutaux. Tant pis pour les droits de l`Homme! La loi du plus fort. A la manière d`un ouragan, les hommes en cagoule s`introduisent dans le salon et renversent tout ce qui est debout. Les garde-prisonniers sont neutralisés et passés à tabac sans autre forme de procès, à en croire un témoin. Madame Abah Abah est rejointe dans sa cuisine par le commando, qui la presse de dire où «se cache son prisonnier de mari». «Il est dans notre chambre et ne fait rien d`autre que de prendre un bain», aurait-elle bafouillé sous la menace d`une forêt de fusils pointés contre elle. Une surenchère de la violence aussi pitoyable que dégradante pour qui s`y livre. Mais, le must de la barbarie allait suivre. Une fois dans la chambre, les barbouzes vont extraire Abah Abah des toilettes nu comme un ver de terre. Dans un sursaut de dignité, l`ex baron du régime aurait refusé de se laisser traîner en tenue d`Adam, quitte à payer de sa vie ce refus courageux. «M. Abah, je vous donne cinq secondes pour vous habiller. Passées ces secondes, je ne réponds plus de mes actes», se serait alors emporté le commissaire Elong Lobe James. Nos témoins racontent que dans la précipitation, Polycarpe Abah Abah a enfilé des vêtements sur un corps encore tout mouillé. Celui-ci et ses geôliers seront entassés comme des sardines dans la fourgonnette de la Dgre. Le véhicule de la prison centrale de Kondengui sera aussi «enlevé». Passées la surprise et la peur, la famille du célèbre prisonnier va se lancer à la poursuite des deux véhicules. Sans expérience, les poursuivants se feront allègrement semer par les barbouzes. Pendant plusieurs heures, Abah Abah sera détenu dans les locaux de la Dgre sans raisons, et dans la plus totale opacité. Des sources affirment qu`il y a été torturé psychologiquement. Le Cameroun est-il devenu un no man`s land? |
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